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Pour une Laicité de Combat et pour les droits de l’Homme

jeudi 29 octobre 2009, par A.S


Les conflits et les tensions auxquels nous assistons aujourd’hui trouvent, pour nombre d’entre eux, leur origine dans le relâchement de la défense de la laïcité et dans le déni du risque que représente la montée des fanatismes religieux à travers les mouvements intégristes et fondamentalistes. Ces deux renoncements sont inquiétants car ils mettent en péril, dans notre pays, les conditions d’un vivre ensemble harmonieux. Aussi, nous appelons celles et ceux qui entendent relever le défi toujours actuel de la défense de la laïcité, des droits de l’homme et des valeurs républicaines, à réaffirmer quatre principes constitutifs de notre socle commun.

La lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations.

Le racisme et l’antisémitisme sont une menace pour notre « contrat social » ils ont toujours cours à travers des actes de profanation et d’agressions. La condamnation de ces faits doit être systématique, vigoureuse. Les victimes doivent être soutenues. Les discriminations (accès à l’emploi, au logement, à la formation...) doivent être combattues par des politiques novatrices, cohérentes et inscrites dans la durée permettant de promouvoir une égalité des chances pour les publics issus de l’immigration et des milieux sociaux défavorisés. Ces politiques doivent englober de façon coordonnée l’école, la formation professionnelle et l’emploi, le logement et les services publics. Elles devraient se substituer aux politiques d’assistanat qui ont pour principal inconvénient de décourager toute volonté de progression sociale et d’intégration.

La République s’impose aux religions.

Bien qu’elle ne figure pas au fronton des édifices publics, la laïcité est au même titre que la liberté ou l’égalité un principe fondamental de la République. L’histoire de France montre à quel point elle a contribué à pacifier le climat social, La laïcité s’impose à tous et, si l’on en juge par les débats récents, également au foulard islamique et à la burka. La liberté de conscience et d’opinion (religieuse ou philosophique ou politique) doit être garanti à tout citoyen. L’état est neutre et cette neutralité se manifeste par l’égalité des citoyens devant la loi et par l’interdiction faite aux agents des services publics de manifester ostensiblement leurs convictions (religieuses, politiques, sexuelles,…). Face à l’instrumentalisation des religions par des courants de pensée intégriste ou fondamentaliste, il devient plus expédient de défendre la laïcisation de l’ensemble de l’espace public au-delà des services publics. Il s’agit pour nous toutes et tous de signifier que toute appartenance religieuse demeure une question strictement privée et n’a, par conséquent, aucune possibilité de s’afficher, de s’imposer, voire de recruter de façon ostentatoire. C’est en effet à cette condition que l’on peut espérer enrayer la politisation du fait religieux et ses dérives.

L’application du principe d’égalité homme/femme sur tout notre territoire.

Inscrit dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et dans la constitution française, ce principe souffre encore de trop d’exceptions et d’attaques dans certains quartiers et certains secteurs professionnels. La discrimination des femmes sous toutes ses formes, interdite par la loi, ne devrait plus avoir cours en 2010 ! Si les femmes ont conquis des droits fondamentaux ce n’est pas pour que des facteurs de régression se fassent jour sous couvert de relativisme culturel. Dans ce domaine le double langage sur la liberté individuelle ne peut être accepté, il vise à justifier vis à vis des pouvoirs publics et de l’opinion, des pratiques perpétuant l’infériorité des femmes. C’est pour cela précisément que la mixité doit être défendue en toutes circonstances et partout dans le pays. Les coutumes, traditions ou règles qui seraient réservées aux seules femmes ou aux seuls hommes doivent être dénoncées.

« il se peut que les ghettos sécurisent, mais qu’ils stérilisent c’est sûr. » Mouloud Mammeri, Ecrivain Berbère dans "entretien avec Tahar Djaout"

La différence culturelle ne peut être acceptée qu’à la condition qu’elle se conforme aux principes des droits de l’Homme et d’égalité des sexes. C’est à cette seule condition qu’elle pourra être un facteur d’enrichissement et de mixité et non facteur d’exclusion et de réclusion. « Le communautarisme peut sembler protecteur, il est à coup sûr stérilisant » écrivait l’écrivain Kabyle Mouloud Mammeri. Nos associations ne militent pas pour une société uniforme ! Toutefois nous savons qu’il est naïf d’exalter et dangereux de sacraliser nos différences. Cela fait naître des communautarismes exacerbés. Nos identités cohabitent sans qu’il soit besoin de les proposer aux infos et de les afficher en bandoulière comme repoussoir pour l’autre. Elles sont la résultante d’histoires communes et de métissages, elles ne sont pas décrétées par celui-ci ou celui là. En ramenant l’individu à la seule appartenance communautaire, à une étiquette, on le dépossède de son libre arbitre. Ceci est encore plus vrai lorsque l’appartenance à laquelle on le ramène se fait sans lui. Prenons comme illustration le nombre des français musulmans constamment mis en avant. Il est en réalité la résultante de statistiques qui portent sur les noms ou sur les pays d’origine. Par conséquent, certains d’entre eux français agnostiques, athées ou d’une autre religion que l’islam, se voient ainsi englobés dans ce nombre. Ils se retrouvent alors bien malgré eux, les faire valoir de gens qui ne les représentent pas et qui ne défendent en rien leur vision des choses. Ces pratiques font naître le sentiment que les enjeux sont dans la compétition des communautés et non dans l’exercice de la démocratie Cloisonner ainsi les citoyens, les enfermer ainsi dans des stéréotypes réducteurs, tout cela fait appel aux méfiances françaises et nourrit les peurs et les rejets. Les histoires de ceux et celles qui composent la communauté nationale, les langues de notre pays, les cultures diverses qui se côtoient, sont autant de richesses certes libres mais à baliser pour les faire toutes converger vers le même but. Le courant de pensée communautariste considère que l’appartenance au groupe soit plus importante que la liberté individuelle. Dans son esprit, l’adhésion à une communauté n’est pas une démarche personnelle, c’est une nécessité. Aussi, si la communauté peut rassurer des individus se sentant rejetés, dans le même temps elle les enferme dans une vision étriquée du monde. Le communautarisme est par conséquent incompatible avec les principes de la République, en particulier avec la liberté de conscience puisqu’on doit penser et agir comme le suggèrent les leaders autoproclamés de la communauté.

Au-delà de cette incompatibilité, le communautarisme représente un danger majeur de division au sein de la communauté nationale dès lors qu’il se donne pour objectif de mettre en place sur des territoires déterminés, une organisation sociale fondée sur des pratiques d’exclusion et cela en arguant du droit au respect des différences culturelles. Cette organisation sociale et territoriale prend corps avec la mise en place de réseaux d’autant plus actifs que les services publics sont défaillants par trop de neutralité. Pour enrayer le communautarisme, la République doit exercer en tout lieu et avec une ardeur renouvelée ses prérogatives. Nous devons faire prévaloir la liberté, l’égalité, la laïcité, la fraternité, la justice, la solidarité et la sécurité pour tous les citoyens ’’sans distinction d’origine ou de religion ’’.

En Guise de Conclusion.

Le combat que nous devons mener, individuellement ou collectivement dans les mouvements associatifs, est à la fois global et multiforme. C’est à cette condition qu’il peut éviter le piège de la stigmatisation (réelle ou supposée) de telle ou telle catégorie de citoyens et qu’il a quelques chances de redonner aux valeurs universelles leur place par dessus les différences philosophiques, culturelles ou religieuses. La restauration et la promotion de ces valeurs sont en effet une condition essentielle pour garantir durablement un vivre ensemble harmonieux nécessaire à notre épanouissement individuel et collectif et pour que nos différences culturelles ne soient pas un facteur de division mais bien au contraire une source d’enrichissement. Un tel engagement au service de la République doit rassembler, au delà des sensibilités, toutes celles et tous ceux qui placent l’Homme au centre de leurs préoccupations. Le pays revenant à la laïcité chaque fois que les différences entre ses pôles deviennent sources de conflits.

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